Entrevue avec Atef Badji, MD, candidate au doctorat en neurosciences et boursière Transmedtech

Diplômée en médecine, Atef s’intéresse de près aux maladies neurodégénératives et aux troubles neurocognitifs, intérêts qui découlent d’une série d’expériences personnelles et professionnelles.


Elle vise à développer des traitements, des diagnostics et une meilleure compréhension des maladies neurodégénératives, c’est pourquoi elle a repoussé son internat de médecine, afin de poursuivre sa carrière dans la recherche neuroscientifique.

Peux-tu décrire en quelques mots ton projet de recherche?


Atef B. – Avec le vieillissement de la population, il est devenu impératif de déterminer les facteurs clés qui aident à maintenir la qualité de vie de nos aînés afin d’assurer un vieillissement optimal. La raideur des grosses artères telle que l’aorte est une condition commune qui survient avec le vieillissement et qui entraîne un remodelage vasculaire pouvant limiter l’apport en oxygène et en nutriments du parenchyme cérébral. Le projet de ma thèse doctorale vise à mieux comprendre les effets de la rigidité artérielle sur le cerveau des personnes âgées en utilisant plusieurs techniques d’imagerie (e.g. l’imagerie de diffusion et de magnétisation de transfert).
Nous avons déjà publié nos premiers résultats dans deux revues scientifiques (NeuroImage et NeuroImage: Clinical) avec les données de notre cohorte de 70 personnes recrutées grâce à la banque de données des participants de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM). Nous prévoyons prochainement valider nos résultats en utilisant les données d’une grande cohorte britannique (UK BioBank) à laquelle nous avons demandé accès.

Que signifie être boursière TransMedTech pour toi?

Atef B. – C’est d’avoir la chance de réaliser mes objectifs en ayant la quiétude d’un bon salaire fixe. J’estime que c’est un véritable privilège que de pouvoir être “payée” pour APPRENDRE.

Tu as acquis de l’expérience à l’internationale, peux-tu nous parler de ton séjour d’études à Stockholm, de ta préparation avant d’y aller et de sa signification dans ton parcours en neurosciences?

Atef B. – Aller en Suède a été pour moi comme un rêve devenu réalité. Durant mes études de médecine, j’ai travaillé en tant qu’aide-soignante puis infirmière dans des maisons de retraite en France. Au départ, je voulais travailler là-bas pour me racheter quelque part de n’avoir pas été présente auprès de ma grand-mère avant son décès, de ne pas lui avoir dit au revoir. Je pensais que travailler avec des personnes âgées m’aiderait à me sentir moins coupable.


Toutefois, très vite le choix de mon avenir professionnel s’est imposé à moi comme une évidence. En effet, durant ces expériences, j’ai été témoin de l’impact mortifère des maladies neurodégénératives. J’ai donc décidé d’œuvrer pour aider au mieux les personnes âgées. Je voulais tenir compte du quotidien des aînés, améliorer leur qualité de vie et veiller à leur état de santé pour un vieillissement optimal en dépit de la maladie. Pour cela, j’ai décidé de faire un doctorat en recherche avant de commencer ma résidence. Le choix de faire mon stage en Suède est motivé par mon désir à long terme de devenir médecin-chercheur en Suède, si possible à l’Institut Karolinska, l’un des centres de recherche médicale et de groupements universitaires les plus importants et réputés en gériatrie clinique.
Je me sens donc extrêmement chanceuse que le Dr. Eric Westman ait accepté de me prendre en stage dans la division de gériatrie clinique de l’Institut Karolinska à Huddinge.


Pour m’aider à atteindre mes objectifs, j’ai appris le suédois (niveau C1) afin d’obtenir l’équivalence de mon diplôme de médecine. Ma sœur m’a beaucoup aidée pour cela. Elle habite en Suède depuis environ 2 ans et elle m’a non seulement hébergée quand j’apprenais la langue, mais aussi donné beaucoup de conseils pour obtenir l’équivalence de mon diplôme de médecine là-bas, vu qu’elle est elle-même médecin.

Comment mets-tu en pratique l’approche Living Lab ici?

Atef B. – J’effectue ma thèse doctorale essentiellement entre le Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (CRIUGM), l’Unité de neuroimagerie fonctionnelle de Montréal (UNF), l’Institut de recherche clinique de Montréal (IRCM), le département de pharmacologie de l’Université de Montréal et le laboratoire NeuroPoly à Polytechnique Montréal. J’ai la chance de pouvoir travailler avec des personnes ayant des expertises très variées (e.g. médecins, neuropsychologues, ingénieurs, statisticiens etc.). Je pratique donc l’approche Living Lab au quotidien sans vraiment y penser.


Je n’hésite pas du tout à me tourner vers une de ces personnes lorsque j’ai une question qui nécessite leur expertise. Certaines de ces personnes se connaissent très bien, d’autres n’avaient jamais travaillé ensemble auparavant. Je me considère comme un pont de liaison entre ces différentes personnes et donc ces différentes disciplines. Je pense que tout étudiant pratiquant l’approche Living Lab ressent la même chose. Grâce à cela, on apprend non seulement plus de choses mais aussi plus vite. Après 3 ans de doctorat, je peux dire que je commence à prendre conscience peu à peu de mes connaissances multidisciplinaires par rapport à d’autres étudiants. Je suis également pleinement consciente de mes lacunes. Je n’avance pas aussi vite qu’un étudiant qui se concentre sur un seul domaine par exemple. Toutefois, le mode Living Lab me donne tous les outils nécessaires pour continuer d’apprendre et m’améliorer. Ça ne s’arrête jamais, et heureusement!

De quoi es-tu le plus fière dans tes accomplissements ? Quel est ton prochain défi?


Atef B.– Happiness is real only when shared (Christopher McCandless). Je suis fière au quotidien, d’avoir un mari qui me soutient et qui m’aide à réaliser mes rêves. J’ai un objectif à long terme et pour le moment j’ai juste acquis certaines cartes nécessaires pour y arriver, tout en éprouvant beaucoup de plaisir dans ce que je fais. Mon grand-père (né en 1903) était pharmacien et a dû reconstruire sa pharmacie à deux reprises en raison des guerres, la dernière fois à l’âge de 60 ans. Tu parles d’un modèle! J’essaye vraiment d’honorer son nom. Je pense que lorsque je commencerai ma résidence à l’hôpital, à soigner des patients, je commencerai peut-être à être fière de moi. Après tout, c’est pour eux que je fais tout ça.

Que dirais-tu à un candidat de bourse TransMedTech qui débutera bientôt son stage?

Atef B.– Quand je pense à un environnement de recherche, un tas d’ordinateurs ordonnés entre les quatre murs d’une pièce sans fenêtre me semble un peu dépassé. Au contraire, l’approche Living Lab est un lieu favorable à la recherche et joue un rôle catalyseur pour briser les murs semi-translucides entre les différentes expertises. Quel bonheur de pouvoir faire de la recherche dans un tel environnement!


Je recommande aux candidats 2020 d’adopter l’approche Living Lab dès leurs premiers jours en recherche, qu’ils n’hésitent surtout pas à poser des questions, à aller chercher la personne la plus qualifiée pour y répondre. Vous serez agréablement surpris de constater que la plupart des professeurs dans le domaine répondent avec beaucoup d’enthousiasme et de bienveillance aux étudiants passionnés.

Pour retrouver les publications scientifiques et exemples de translations scientifiques d’Atef: consultez https://www.researchgate.net/profile/Atef_Badji